LES ESPAGNOLS REDÉCOUVRENT L'ACTUALITÉ : LA CONFIANCE REMONTE, MAIS L'IA RESTE EN MARGE
Les Espagnols redécouvrent l'actualité : La confiance grimpe, mais l'IA reste sur la touche
Après une décennie de baisse d'intérêt et de cynisme croissant, le paysage médiatique espagnol connaît une première historique remarquable. Pour la première fois en dix ans, l'intérêt pour l'actualité repart à la hausse. Alors que les Espagnols adoptent massivement les dernières technologies, ils fixent une limite stricte lorsqu'il s'agit d'informations fiables : les médias établis gagnent du terrain, tandis que les chatbots d'IA et les influenceurs restent à la traîne.
C'est ce qui ressort de la très sérieuse étude annuelle sur la consommation d'information du Reuters Institute (Université d'Oxford) et de l'Universidad de Navarra, publiée le 16 juin 2026.
Le grand retournement : Pourquoi l'Espagne consomme à nouveau les médias en masse
Le chiffre le plus marquant du rapport est le regain d'appétit pour l'information. Pas moins de 54 % des Espagnols se disent très intéressés par l'actualité, soit une hausse de trois points de pourcentage par rapport à 2025 et le score le plus élevé depuis quatre ans.
Grâce à ce retour en force, l'Espagne grimpe en flèche dans le classement international, passant de la seizième à la septième place sur les 48 pays étudiés.
Qui se réintéresse à l'actualité ?
- Le senior connecté : La plus forte progression est enregistrée chez les plus de 65 ans et les 35-44 ans (+7 % pour les deux groupes). Les seniors espagnols sont plus actifs que jamais en ligne. Bien qu'ils utilisent avec enthousiasme les outils d'IA pour des questions de santé par exemple, ils se tournent massivement vers les marques traditionnelles pour leur dose quotidienne d'actualités.
- Les « Ninis Informativos » : Il reste cependant un point noir persistant. Chez les jeunes (moins de 25 ans), plus de la moitié ne montre presque aucun intérêt ni aucune confiance envers l'actualité. Les chercheurs qualifient fort justement ce groupe de ninis informativos : les décrocheurs de l'information.
IA et réseaux sociaux : Populaires, mais pas fiables
Il existe un paradoxe fascinant en Espagne. Les Espagnols sont en tête de l'Europe pour ce qui est de l'adoption de l'intelligence artificielle (IA). Pourtant, ils refusent d'utiliser cette technologie comme boussole de la vérité.
Alors que la confiance générale dans l'actualité grimpe à 33 % (et atteint même 42 % pour les médias que l'on choisit soi-même), l'IA obtient un score dramatiquement bas.
| Source d'information | Taux de confiance (2026) |
| Grands médias espagnols | 45% |
| Médias choisis par soi-même | 42% |
| Informations générales | 33% |
| Moteurs de recherche | 27% |
| Réseaux sociaux & Chatbots d'IA | 19% |
Les Espagnols expérimentent donc pleinement l'IA, mais dès qu'il s'agit de faits concrets, le journaliste traditionnel reste le gardien du temple.
Le paysage médiatique : Qui sont les gagnants de 2026 ?
Le paysage médiatique numérique espagnol est fragmenté, mais quelques noms iconiques continuent de donner le ton.
Les médias numériques les plus lus
Le leader est l'édition numérique d'El País, qui fête son jubilé d'or (50 ans) en 2026. Le journal est suivi de près par elDiario.es, El Mundo et le géant gratuit 20Minutos. RTVE Noticias et OKDiario attirent également des millions de lecteurs, suivis par des noms établis tels qu'Antena3, Marca, El Confidencial, El Español, La Vanguardia et ABC.
Les marques les plus fiables
Lire est une chose, croire en est une autre. Lorsqu'il s'agit de pure confiance, les Espagnols désignent un groupe de tête clair : 20Minutos, ABC, Antena3, Cadena SER, COPE, El Mundo et El País sont perçus comme les repères les plus solides dans l'océan de l'information.
Le paradoxe des influenceurs : Divertissement contre Journalisme
Un phénomène relativement nouveau dans le rapport est la montée en puissance des créateurs de contenu. Pas moins de 40 % des Espagnols ont consommé de l'information via des influenceurs, des leaders d'opinion ou des blogueurs au cours de la semaine de l'enquête. Ils sont particulièrement dominants sur des plateformes comme Instagram (qui connaît une croissance massive), TikTok, YouTube et WhatsApp.
Le public trouve souvent ces créateurs plus accessibles, personnels et divertissants que la presse traditionnelle. Pour autant, il n'est pas question qu'ils remplacent le journalisme. Sur les valeurs fondamentales du journalisme — la fiabilité, l'expertise et l'impartialité —, les médias traditionnels l'emportent haut la main. Cela se traduit aussi dans le portefeuille : lorsque les Espagnols paient pour de l'information en ligne, ils le font presque exclusivement auprès de vrais médias, et non auprès d'influenceurs.
La peur des Bulos : Un niveau record de désinformation
Derrière la reprise des médias se cache une inquiétude plus profonde. Pas moins de 74 % des Espagnols se disent gravement préoccupés par la difficulté de distinguer le vrai du faux en ligne. C'est une hausse de cinq points de pourcentage par rapport à l'année dernière et le niveau le plus élevé depuis le début des mesures.
Le « Bulo » espagnol
Près de la moitié des internautes espagnols avouent ne pas toujours savoir reconnaître les fausses informations (bulos). Comme six Espagnols sur dix accèdent à l'actualité via des algorithmes (réseaux sociaux et agrégateurs de contenu), le risque de manipulation est élevé.
Le gouvernement espagnol a depuis annoncé des mesures strictes pour lutter plus fermement contre la désinformation et la propagation de fausses nouvelles sur les réseaux sociaux.
Conclusion
Dans un monde inondé de contenus générés par l'IA et de fausses nouvelles virales, la presse espagnole établie fait office d'ancre. Le citoyen espagnol recherche à nouveau la nuance — et il est prêt à payer pour cela auprès des marques qui garantissent la qualité.
Avez-vous vous-même une source d'information espagnole préférée, ou reconnaissez-vous ce scepticisme face aux actualités générées par l'IA dans votre propre entourage ?